dimanche 8 juin 2014

Le BACH de recyclage

Le billet suivant est la reprise d.un Quinze que j'en pense du 130 novembre 2011.



Gustav MahlerFerruccio BusoniCharles Gounod et Jacques Loussier (pour ne nommer que ceux-ci) ont ceci en commun: ils ont tous transcrit des œuvres de Jean-Sébastien Bach. N’en déplaise aux puristes, cette soi-disant tradition ne fait que perpétuer l’art de la transcription qui est omniprésente dans l’œuvre même de Bach.

Si on survole l’excellent catalogue des œuvres de Bach sur le web compilé par Robert Poliquin, on remarque le grand nombre de commentaires comme «Repris de la Ritournelle # 7 de BWV 207» ou «Transcrit pour clavecin, en sol mineur, BWV 1058».

Mû sans doute par des besoins professionnels, Bach a souvent retravaillé des œuvres, et il l’a souvent fait avec des résultats qui éclipsent la version originale – ainsi donc s’agît-il d’une formule issue par le besoin ou par enthousiasme pour les idées originales?

On peut classer les œuvres transcrites par Bach dans deux catégories principales: les concerti transcrits ou transposés pour d’autres instruments, et les adaptations d’œuvres de compositeurs contemporains de Bach.

Les œuvres transcrites pour d’autres instruments ou d’autres effectifs

On peut trouver des tas d’exemples de «recyclage» dans le catalogue Bach. Les concerti Brandebourgeois, par exemple, font grand usage de sinfonias et autres extraits de cantates.

Là où Bach fait son plus gros usage est dans le concerto pour instrument solo et cordes, où l’instrument passe du clavier au violon ou au hautbois. Voici deux exemples particuliers:

Voici le troisième mouvement du concerto BWV 1043 pour deux violons dans sa version originale (prestation complète par Csaba Illényi et Katica Illényi, Ferenc Erkel Chamber Orchestra – cliquer ici):




Comme M. Poliquin l’indique, voici le même concerto, «Transcrit pour 2 clavecins, en do mineur, BWV 1062» (prestation complète par Trevor Pinnock Kenneth Gilbert et The English Concert – cliquer ici):



Dans sa page dédiée aux œuvres de Bach, David J. Grossman identifie une série de concerti reconstruits, donc des œuvres qui furent rapiécées par des musicologues qui seraient des versions perdues de concerti retrouvés dans le catalogue des concerti pour clavier/

Parmi les plus célèbres, la reconstruction d’un concerto pour violon et hautbois, le BWV 1060r. D’après le catalogue Bach, voici le même concerto dans sa version, «officielle» (prestation complète par Trevor Pinnock Kenneth Gilbert et The English Concert – cliquer ici):

 


Les œuvres d’autres compositeurs adaptées par Bach

Bach rend hommage à plusieurs compositeurs de son temps: VivaldiMarcello et même ses fils… Il y a, par exemple, le concerto pour quatre claviers BWV 1065 qui est une adaptation de l’op. 3 no. 10 du curé rouquin.

Poliquin souligne une série de pièces pour orgue (BWV 592-597) qu’il regroupe sous le titre «Concertos d'après d'autres musiciens». Écoutons le BWV 593 (Johannes-Ernst Köhler)




Bach transcrit pour orgue ici le concerto no. 8 de l’estro armonico (RV 522), interprété ici par Willi Boskowsky et Jan Tomasow.



Il y a également les concerti pour clavier seul (BWV 972-987) qui puisent leur inspiration chez Vivaldi, Telemann et autres compositeurs contemporains de Bach. Par exemple, le concerto, en ré mineur, pour clavier (BWV 974) est basé sur le fameux concerto pour hautbois de Marcello. La version originale (Marcel Ponseele et l’ensemble Il Gardellino):



Voici la version Bach, interprétée par Glenn Gould:



Hommages par d’autres artistes

La réinvention de l’œuvre de Bach est un phénomène relativement récent, avec les exemples les plus célèbres venant d’artistes du milieu du XIXe et XXe siècles. Voici quatre exemples.

Sir Edward Elgar orchestra le Prélude (Fantaisie) et fugue, en ut mineur, pour orgue BWV 537 (Enregistrement d’époque, Royal Hall Orchestra sous Elgar lui-même)



L’un des plus célèbres est l’usage par Gounod du premier prélude et fugue du Clavier Bien Tempéré, qui devient l’accompagnement musical de son Ave Maria (Eula Beal et Marguerite Campbell au piano)




En 1910, Mahler assembla une série de mouvements des suites pour orchestre de Bach. Voici le fameux air sur la corde de sol (prestation complète par Riccardo Chailly et le Concertgebouw d’Amsterdam - Cliquer ici):



Finalement, le chef (et organiste) Leopold Stokowski a orchestré une douzaine des œuvres pour orgue de Bach pour son usage personnel. Voici, pour conclure notre billet, sa fameuse orchestration de la toccate et fugue en ré mineur BWV 565, telle que rendue par Walt Disney et son équipe pour le film de 1940, Fantasia (Stokowski dirige le Philadelphia Orchestra):

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